Une eau « équilibrée » n'est ni agressive (corrosive) ni entartrante. Cet équilibre repose sur trois paramètres liés — le pH, le TAC et le TH — auxquels s'ajoute la température. Les négliger, c'est traiter sans cesse les conséquences : chlore inefficace, eau trouble, dépôts calcaires, joints attaqués. Maîtriser l'équilibre, c'est au contraire stabiliser tout le reste.
Le pH : le chef d'orchestre
Le pH mesure l'acidité de l'eau sur une échelle de 0 à 14. Il commande directement l'efficacité du chlore : à pH 7,0 environ 70 % du chlore est actif, contre moins de 25 % à pH 7,8. La cible de travail est 7,0 à 7,4. Les seuils réglementaires des bassins collectifs (6,9–7,7) sont détaillés dans notre guide sur les normes ARS.
Le TAC : le tampon du pH
Le TAC (titre alcalimétrique complet) mesure la teneur en carbonates et bicarbonates — c'est le pouvoir tampon de l'eau. Un TAC correct empêche le pH de partir dans tous les sens. Trop bas, le pH devient instable (effet yo-yo) ; trop haut, il se bloque en hauteur et l'eau tend à entartrer. La fourchette utile : 80 à 150 mg/l (8 à 15 °f).
Le TH : la dureté
Le TH (titre hydrotimétrique) mesure le calcium et le magnésium dissous. Une eau trop douce (TH < 100 mg/l) devient corrosive et attaque les surfaces ; une eau trop dure (TH > 300 mg/l) précipite le calcaire et voile l'eau — la cause typique d'une eau laiteuse. Visez 150 à 250 mg/l (15 à 25 °f).
L'indice de Langelier (LSI)
L'indice de saturation de Langelier synthétise ces paramètres en une seule valeur, via la balance de Taylor :
LSI = pH + facteur de température + facteur de TH + facteur de TAC − 12,1
Interprétation du résultat :
| Indice | État de l'eau | Conséquence |
|---|---|---|
| < -0,3 | Agressive / corrosive | Attaque liner, joints, métaux |
| -0,3 à +0,3 | Équilibrée | Objectif à atteindre |
| > +0,3 | Entartrante | Dépôts calcaires, eau voilée |
Facteurs usuels à additionner (valeurs de référence) :
| Température | Facteur | TH / TAC (mg/l) | Facteur TH | Facteur TAC |
|---|---|---|---|---|
| 12 °C | 0,3 | 75 | 1,5 | 1,9 |
| 19 °C | 0,4 | 150 | 1,8 | 2,2 |
| 24 °C | 0,5 | 200 | 1,9 | 2,3 |
| 29 °C | 0,6 | 300 | 2,1 | 2,5 |
Exemple : pH 7,4 ; eau à 24 °C (0,5) ; TH 200 (1,9) ; TAC 100 (2,0). LSI = 7,4 + 0,5 + 1,9 + 2,0 − 12,1 = -0,3 → eau à la limite basse de l'équilibre, légèrement agressive : on remontera plutôt le TH ou le TAC.
Dans quel ordre corriger ?
- Le TAC d'abord : sans tampon stable, toute correction de pH sera éphémère.
- Le pH ensuite : une fois tamponné, il se cale durablement dans la fourchette.
- Le TH enfin : il bouge lentement ; on l'ajuste en dernier (apport calcique ou dilution).
Régler le pH avant le TAC, c'est repeindre une façade avant de réparer le mur : ça tient quelques jours, puis ça recommence.
Pourquoi l'équilibre conditionne tout
- La désinfection : un chlore actif suppose un pH maîtrisé — sans quoi l'eau verdit (voir eau verte).
- Le confort : une eau équilibrée ne pique ni les yeux ni la peau.
- Le matériel : une eau agressive ronge, une eau entartrante encrasse — y compris la cellule d'électrolyseur.
Pour un professionnel, l'équilibre n'est pas une option : c'est le socle sur lequel reposent la désinfection, la propreté et la longévité de l'installation. D'où l'intérêt d'en garder une trace chiffrée à chaque passage.